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Hélène Grégoire (Henriette Maria Aglaé Mathilde Portier) nait le 30 aout 1903 à la Clochardière sur la commune de Champfrémont dans le nord-est de la Mayenne. Elle est la fille de Constant Portier et d’Aglaé Richard. De sept à dix ans (entre 1910 et 1913) elle vit à la Blosserie, chez sa grand-mère qui lui fait fréquenter l’école communale. Devenue femme de ménage elle part tenter sa chance en Amérique puis revient en France où elle ouvre un café-restaurant. En 1960 elle s’installe à Genève et ce n’est qu’à soixante ans qu’elle commence son œuvre littéraire.

Dans Poignée de terre en 1964 elle raconte son enfance en Mayenne, puis sa vie de femme (Naissance d’une femme en 1967, La Jiarde et autres contes en 1968). Dans Les noces de l’été en 1975 elle raconte sa rencontre avec son second époux. Dans Les maudits de Montréal en 1982 son exil en Amérique et dans Moisson d’automne en 1990 la mort de sa mère.

Ce ne sont là que quelques-uns de ses romans et recueils de nouvelles.

Ses récits autobiographiques sont attachants et sont de précieux témoignages sur la manière de vivre des petits paysans de notre région des collines du nord du Maine au début du siècle dernier dont elle reproduit le savoureux langage.

Elle termine sa vie en Suisse, dans le pays de Vaud, à Fournex elle décède en 1998, dans une maison qu’elle a appelé la Blosserie, du nom du village où vivait sa grand-mère et où elle a passé une partie de son enfance, près de Champfrémont au pied de la forêt de Multonne.

Hélène Grégoire, une écrivaine d’cheu nous.

Ses livres ne sont plus réédités mais on peut encore en trouver certains sur Internet sur les sites suivants :

http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/p/helene-gregoire,563518.aspx

http://www.priceminister.com/s/helene+gregoire?pa=4

http://www.amazon.fr

 

 

Nous vous proposons ci-dessous trois extraits de Poignée de terre.

Description du village de la Blosserie en bordure de la forêt de Multonne (l’auteure écrit Miltonne) où au début du siècle dernier l’héroïne, la petite Maria, part vivre chez sa grand-mère.

 

Le village de la Blosserie avait environ cent-cinquante mètres de traversée. Les maisons avaient des murs bas, maçonnés en terre, avec des toits de chaume qui descendaient jusqu’au-dessus des portes. Ces maisons faisaient penser à de grosses poules lourdement accouvées le long de la route. Les gens du village passaient la grande partie de leur vie à disputer leurs maigres champs à l’emprise des plantes sauvages. Cependant, lorsqu’ils avaient fait ce travail ingrat, volé quelques mètres de terrain à la forêt, et récolté seigle et blé en suffisance pour le pain d’une année, ils disaient que l’année avait été bonne ! Les hommes étaient chasseurs ; mais hommes, femmes et enfants, étaient tous braconniers. Ils ne tuaient au fusil que le gros gibier, tout le reste était pris au coulant, comme ils disaient. Leurs fusils étaient de vieux fusils à piston qui ne paraissaient guère précis ; pourtant les  hommes ne rataient jamais leur sanglier. Le gros gibier était vendu, l’argent partagé, le reste fricoté et mangé en commun. Tous ces êtres, une trentaine en tout, étaient unis par une incurable pauvreté ; ils riaient de leurs défauts, admiraient leurs qualités, et de cette pauvreté se dégageait une étonnante richesse de vie. Deux cent mètres séparaient le village de la forêt de Miltonne. Un petit bout de route, qui montait raide, conduisait sur la Butte. Tout le monde appelait ainsi le morceau de forêt qui dominait le village. Deux fois par jour nous montions sur la Butte pour y mener et ramener les brebis qui trouvaient leur vie dans les champs défrichés au milieu des sapins.

La maison de ma grand-mère était la dernière du village ; avec ses murs en grosses pierres et son toit en ardoise, elle paraissait presque riche à côté des autres. Cependant ma grand-mère était pauvre, elle aussi. Une bande de quelques mètres de terre reculait la maison du bord de la route ; c’était là, autour de l’échelle qui montait au grenier, que deux fois par jour les poules venaient manger leur grain. Il fallait passer sous l’échelle pour aller dans le jardin. Sur la gauche, faisant suite à la maison, se trouvait un bâtiment que l’on appelait la grange, mais il était autant cave que grange, car ma grand-mère y mettait son cidre, et la lumière du jour n’y pénétrait que par la porte. Sous la dégouttière, à côté de la porte, il y avait un grand baquet, coupé dans un poinçon.  Ma grand-mère venait y prendre l’eau pour me débarbouiller. Elle disait : « Ma petite, l’eau du ciel a plus de douceur au tendre de ta peau ! ».

En face, de l’autre côté de la route, se trouvait la soue aux brebis, le poulailler, l’étable pour la vache, et le tas de fumier dans lequel vivaient de grosses couleuvres dont ma grand-mère m’apprit à n’avoir jamais peur. À dix mètres en contrebas, il y avait une belle mare, alimentée par une source venant de la forêt. Matin, midi et soir, toutes les bêtes du village venaient y boire. Lorsqu’on ouvrait la porte de la maison, les yeux se posaient sur une belle armoire Louis XV, en merisier, venue là par héritage. Cette armoire m’amusait, elle me donnait parfois envie de rire, tant elle paraissait dépaysée à côté du vieux buffet en gros chêne et une autre armoire aussi vieille que le buffet. Un lit, de chaque côté de la cheminée. Au-dessus de celui de ma grand-mère, un beau cadre doré entourait une photo agrandie de mon grand-père, et mettait comme une lumière sur le mur noirci de fumée. Sur la cheminée, deux chandeliers en fer, un pot en faïence pour mettre les chandelles, une lampe-pigeon, et, au milieu, un crucifix en bois noir. Posée au pied du Christ, une petite pipe en porcelaine blanche, la dernière pipe de mon grand-père. Le mobilier était complété par huit chaises paillées alignées le long des lits, une horloge, la table ronde aux pieds minces tout vermoulus, et, dans l’embrasure de la fenêtre qui prenait son jour au soleil levant, deux photos accrochées à un clou, celle de mon père et celle de mon oncle habillé en soldat. Tout était propre et net dans la maison.

 

La Blosserie en 2015, un peu plus d'un siècle après la description qu'en fait Hélène Grégoire dans son livre. Les dernières maisons du village en montant vers la forêt de Multonne.

La Blosserie en 2015, un peu plus d'un siècle après la description qu'en fait Hélène Grégoire dans son livre. Les dernières maisons du village en montant vers la forêt de Multonne.

À Champfrémont, le repas du baptême du petit frère de Maria rassemble famille et voisins. Constant est le père, Glaée la mère et Mélanie la grand-mère de Maria. Le Sang-Dieu et le Lanos sont les ouvriers agricoles employés par Constant. Après avoir mangé la « petite oie », le découpage des oies rôties donne lieu à tout un cérémonial. Occasion pour nous de déguster une langue imagée et chantante comme on la parlait dans nos campagnes à cette époque pas si lointaine.

 

À la maison la table était mise. C’était un immense plateau de bois, posé sur des tréteaux, qui servait à la batterie mécanique. Comme mes parents n’avaient pas de nappe, la table était recouverte avec des draps de toile. Une vive animation régnait dans la maison. Maman était assise et causait avec les femmes. Mon père allait et venait des uns aux autres en parlant gaiement. Près de la cheminée, ma grand-mère vidait la marmite de petite oie dans des plats creux. Ça sentait bon.

Le plat, dénommé petite oie, est fait avec les abattis, c'est-à-dire le cou, les ailes, le gésier des oies que l’on met à rôtir. On en fait un fin ragout qu’à la dernière minute on lie avec le sang des oies. Ce mets est d’une finesse, d’une délicatesse à satisfaire les palais les plus gourmets.

— Constant, fais prendre place à ton monde, commanda ma grand-mère. Il ne faut pas faire attendre la petite oie si vous voulez profiter de la bonté de son arôme !

— Moi, j’me mets à côté de la Mélanie, dit le père Juste Parfait. À dix-huit ans, elle était rudement gentille, la Mélanie, et si elle n’avait pas été  ma cousine, issue de germain, parole, j’aurais eu plaisir à faire union avec elle !

— Faut tout de même pas croire affaire pareille, répondit ma grand-mère […] puis, en souriant finement, elle avait ajouté : Le gars Juste a toujours été amateur de petite oie ; en faisant sentiment avec la cuisinière, il tente rapprochement vers les bons morceaux !

— Il est de fait, répondit le père Juste en passant sa langue sur ses lèvres, que je m’sens rudement en appétit ! Et je ne le nie point, ma préférence penche plutôt vers la petite oie que vers l’oie rôtie.

— Dans c’cas, tout le monde à table ! Glaée, montre-nous le chemin, avait dit mon père.

Nous étions une trentaine autour de la table. Mes parents, au milieu, étaient encadrés par nous et les ouvriers. Tout en mangeant les félicitations allaient à ma grand-mère :

— Compliment à la Mélanie, c’est de la petite oie de qualité, disaient les hommes ;

— Mère Mélanie, on n’est point capable d’en réussir pareillement, renchérissaient les femmes.

— Le mérite ne m’en revient pas ! Je la fais comme la faisait ma défunte mère.

— Mangez, mangez ! Il en reste dans la marmite, disait joyeusement mon père.

— Dans c’cas, j’en reprends ! disaient les uns. Mon gars Constant, ton cidre est bon, il  a rudement de palais, reprenaient d’autres voix.

— J’en suis point mécontent, répondait mon père en redressant la tête. Il n’est pas dans les plus mauvais de l’année. C’est ces deux gars-là qui l’ont fait ! avait-il ajouté en désignant le Sang-Dieu et le Lanos.

— Constant, on a fait l’ouvrage, mais c’est vous qu’avez choisi les pommes, protestaient les deux hommes.

— J’ne reviens pas sur ce que j’ai dit. Garçons, le mérite vous en revient !

Après la petite oie, ma grand-mère et ma tante débrochèrent les oies rôties et les posèrent sur la table dans de grands plats longs.

C’était le moment de la découpe. Il était d’usage que le maitre de maison et les plus anciens des présents fussent les découpeurs. La gloire, car il y en avait une, revenait à celui qui avait découpé son oie en conservant à chaque morceau de chair sa couverture de peau tranchée nette, sans un accroc. En plus il fallait que le plat fût bien présenté.

Mon père s’était levé :

— Père Florent, il y a une découpe pour vous, et une pour le père Juste ; la troisième je la prends à ma charge !

— Mon gars Constant, faut point demander chose pareille. Ma vue a rudement baissé ces derniers temps, et dans la soirée d’hier, j’ai fait une brèche à mon couteau en taillant une pignoche ! se défendit le père Florent.

— Constant, faut pas porter écoute aux dires de mon père, intervint le Florentin. C’est lui qu’est possédant la meilleure vue de toute notre maisonnée. Pas plus tard qu’hier, il nous a encore descendu sa pie au vol, à quatre-vingts pas !

— C’était un accident, mon gars ! J’ai bien dit un accident.

— Allons, père Florent, ne vous faites point tirer l’oreille ! Si vot’e couteau tient brèche, on va vous en donner une autre, y en a de bons à la maison.

— Mon gars Constant, faut donc que j’me rende ! Je m’rends donc. En donnant un coup de pierre à mon couteau, je ferai de mon mieux.

Les trois découpeurs allèrent retirer leur belle blouse, les allongèrent sur un lit, se nouèrent un large essuie-mains sur le ventre, donnèrent  un bon coup de pierre à leur couteau, et vinrent se placer chacun devant son oie. Mon père passait pour un des meilleurs découpeurs de la commune ; seulement il avait des adversaires de première force. Avant de commencer leur travail, ils vérifièrent soigneusement si la peau des oies n’avait pas été déchirée à la cuisson. Puis ils se mirent en route.

— Je suis perdu, j’ai raté mon fourchet ! dit tout à coup le père Juste.

— Je n’en crois rien, je n’en crois rien ! répondait mon père sans lever la tête. Père Juste, vous n’êtes point homme à rater un fourchet. Vous voulez fausser mon attention, mais je ne m’y laisserai pas prendre. J’sais que j’ai affaire à un rude de l’oie !

— La Mélanie m’a joué un tour. L’oie qu’elle m’a posé fait défense contre mon couteau, se plaignit à son tour le père Florent.

— L’oie est tendre, c’est vot’ couteau qui n’vaut rien. Parole, vous avez fait alliance pour amener ma découpe à perdition ! J’méfie, j’méfie, disait mon père gaiement.

— Méfie-toi, mon gars Contant, c’est ton droit. Mais moi, je viens d’apporter finition à mon ouvrage ! avait dit dans un rire le père Florent en posant son couteau sur la table.

À quelques minutes d’intervalle les autres couteaux se posèrent, et tous les hommes se penchèrent vers les plats.

— M’est avis que la peau de votre aile droite est coupée un peu juste, père Florent disait mon oncle.

— Elle est coupée un peu juste, y a pas de doute. Mais elle est si nettement arrondie, que retenir la chose pour un blâme pourrait nous déporter hors cadre de justice ! disait le père Alphonse.

— L’oie au père Jules est tombée sous maitresse main, tout est dans le bien. Mais celle de Constant a éclat à côté du croupion ! disaient les hommes.

— Mon couteau a mal pris l’joint, c’est la première fois que pareille chose m’arrive ! avait dit piteusement mon père.

— Faut être petit avant d’être grand, expérience et âge vont de pair, mon gars Constant ! Quand tu toucheras nos âges t’auras habileté de main, et un croupion ne t’apportera plus défaite, disaient les deux vainqueurs en se moquant, pendant que les autres riaient de bon cœur. Allons, trinquons au défaiteux, et mangeons les oies pendant qu’elles sont chaudes.

L’oie rôtie se mangeait avec des plats de cèleri en branches cuit dans de la graisse d’oie. Au moment de servir, quelques gouttes de vinaigre y étaient ajoutées. L’appétit et les langues allaient bon train.

 

À Champfrémont, chez Constant et Aglaé les parents de la petite Maria, un quatrième enfant vient de naitre. À cette occasion on boit la goutte chez l’oncle François et la Marie-Poulette, une vieille femme qui a « donné la main » pour l’accouchement, raconte à l’assemblée l’histoire de « la bête du Diable ». Elle y fait d’ailleurs allusion à la légende de la dame Blanche, autre légende liée au mont des Avaloirs.

 

Hélène Grégoire écrit : « La Marie Poulette était vieille, mais d’une vieillesse mal définie, une vieillesse qui n’avait pas d’âge. Elle avait toute l’apparence d’une sorcière, l’apparence mais l’âme. » 

Les voisins interrogent Constant sur le nouveau-né :

« — Le Constant, combien qu’il a en pesanteur, ton gars ?

— Il emporte ses neuf livres bellement et sans effort, répondait mon père avec fierté.

— Neuf livres bellement, sans effort ! On voit que ça sort de bonne souche. C’est une rareté d’en voir de pareils, disaient les autres avec admiration.

— Il nous fait honneur. La Glaée nous a donné là un bel ouvrage d’exemple.

[…]

Et mon oncle passait, repassait encore, sa carafe de vieille goutte à la main ; il emplissait les tasses, et les hommes goutaient en faisant laquer leur langue contre les palais :

— Gars François, c’est de la fine vieille ! C’est de la rude bonne que tu nous offre, disaient-ils.

— C’est de la fine vieille, de la bonne de réserve. Pour un jour comme ça, le meilleur fait sortie, répondait mon oncle.

[…]

— Cent bordels, dit la Marie Poulette en entrant, il n’y a que des bonshommes pour faire potin pareil ! François, donne-moi une tasse de goutte, un brin de réchauffement m’apportera profit. Ce sale gamin qui ne voulait pas se séparer de sa mère nous a barraudé le sang* ! C’est de la bonne, dit-elle ayant bu sa tasse de goutte. Mes gars, c’est pas pour dire, mais le réchauffant qui va dans l’intérieur, il n’y a que ça de vrai !

Et elle tendit sa tasse vide vers la carafe.

— Elle boit toujours bien la goutte, la mère Marie ! dirent les hommes dans un rire.

— Cent-mille fricassées de bourriques que vous êtes, riposta la Marie Poulette, une bonne goutte n’a point force de mal autant que vous ! Mais vous êtes tous de grands gueulards, quand le malheur ne touche plus vot’vue. J’en ai connu, dans ma vie, des gueulards de votre espèce, qui ont eu le nez rabattu au moment où ils s’y attendaient le moins. Tenez, je vais vous raconter l’histoire d’un autre malin comme vous. L’aventure est arrivée à un  nommé Jean Prussard de la Ridelière. Vous êtes tous trop jeunes pour l’avoir connu, mais les vieux de mon âge s’en souviennent bien. C’était un grand, fort gars, plaisant à regarder, mais  un peu emballé*. Au lieu de faire comme les autres, de prendre femme dans la commune où il y avait tant de belles filles, il alla en chercher une du côté de Gandelin*. Il ramena une méchante bonne femme, maigrichonne, assez délurée, qui ne fit point bonne impression dans le pays.

— Dites-donc, mère Marie, coupa un nommé Tue-tout, ça ne serait pas la jalousie qui vous ferait causer par hasard ?

— Sacré grand Berlot ! riposta la Marie-Poulette, c’est pas parce que t’as fait même bêtise en allant chercher ta Germaine du côté de Saint-Denis, qu’il faut te croire pourvu en finesse plus que les autres ! Et sacré de sacré, en toute conscience, si nos âges avaient été placés dans la même courbe, tu ne m’aurais guère convenu comme amoureux !

— Tue-tout, laisse causer la mère ! crièrent les autres.

— Dès le mariage fait, reprit la mère Poulette, les Prussard allèrent s’installer à la Poupinière dans la ferme aux Treton, qui est sur main gauche en arrivant. Aux premiers mois, comme il se doit, la femme se trouva en puissance de double vie. Pour commencer, les choses allèrent leur train, la femme faisait son ouvrage et avait soin de son affaire. Puis v’la-t’y pas qu’un jour, en passant près du calvaire de la Coquemandière*, elle s’abella à regarder* le serpent que la Sainte Vierge écrase avec son talon. Elle le regarda si bel et si bien, que cette bête du diable s’entortilla autour de son esprit. Elle ne pensa plus qu’à elle, et on ne vit plus que cette fumelle sur la route du calvaire. Des femmes de raison la prévinrent que ça lui porterait malheur, que son état n’était point fait pour supporter ce genre de choses. Mais allez donc vous faire foutre ! Ces têtes-là ne veulent point entendre la raison des autres. Tous les mots furent mots perdus, et en matière de braverie, cet imbécile de Prussard la soutint dans son mal. Toute la sainte journée au bon Dieu, elle faisait ses allées et venues sans songer à son ouvrage, et quand la nuit s’était abattue sur la terre, le Prussard allumait sa lanterne et allait poser sa lumière sur la maudite bête pour que sa fumelle du diable la regarde tout son saoul. On ne causait que de ça, et tout le monde était d’accord pour dire que cette femme apporterait la honte sur notre commune. C’était la Bidel qui avait la responsabilité de mise au monde en ce temps-là. Une femme point mignarde*, qui voyageait à toute heure de nuit, sans que l’épouvante de la Dame blanche lui fasse compagnie. Pourtant quand le moment de mettre au monde chez les Prussard fut venu, elle repoussa la responsabilité de le faire toute seule. Les autres furent bien forcés d’en passer par sa volonté et d’aller chercher M. Cuissard, le médecin de Ravigny. Mes gars, ce ne sont point des belles choses à dire, mais cette fumelle de malheur mit bel et bien un serpent au monde. La bête du diable sauta à terre, coula sous les lits, les armoires. Tous les présents étaient comme fous. Ils tiraient les meubles au milieu de la maison et couraient après des bâtons. Finalement ce fut le gars Prussard qui lui écrasa la tête avec son sabot. Le reste a du mal à sortir du cœur, mais il faut que vérité soit dite. Pendant que le Prussard lui écrasait la tête, la bête s’est mise à pleurer comme un gosse. Après coup je me suis laissée conter par la Bidel que si les parents n’avaient pas eu une tasse de bonne goutte sous la main, la peur les aurait emportés dans la mort sur le coup. À partir de ce moment-là, le Prussard perdit ses airs emballés et sitôt sa maudite fumelle guérie, ils quittèrent le pays. Cent bordels ! vous v’là tous blancs comme frime* ! Vous n’allez pas vous pâmer comme des poules mouillées. François, verse donc une bonne goutte à tous ces malins, et  force la dose dans la tasse au Tue-tout. Sacré ! C’est le plus malin le plus défiguré ! »

* nous a barraudé le sang : nous a fait nous tourner le sang, nous a donné bien du souci

* emballé : prétentieux

* Gandelin : Gandelain

* Sans doute la Cottemandière

* s'abella à regarder : regarda en coin, observa sans se faire voir

* mignard(e) : pleurnichard(e)

* frime : givre

Il n'y a plus de calvaire à la Cottemandière mais dans l'église Sainte-Anne de Champfrémont on peut voir à droite en entrant une statue représentant la Vierge écrasant un serpent sous ses pieds.

Il n'y a plus de calvaire à la Cottemandière mais dans l'église Sainte-Anne de Champfrémont on peut voir à droite en entrant une statue représentant la Vierge écrasant un serpent sous ses pieds.

Pour plus de détails sur le parler de notre région cliquez sur le lien suivant pour allez voir notre article sur le patois mayennais, où vous trouverez entre autre un lexique par ordre alphabéthique.

Pour la légende de la Dame blanche évoquée par la Marie Poulette cliquez sur le lien suivant vers le site du mont des Avaloirs : Légende de la Dame des Avaloirs

Pour d'autres légendes : Les légendes d'cheu nous

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