Article complété en mars 2018.
L’aspérule odorante est une petite plante vivace de mi-ombre et de sous-bois de la famille des rubiacées appelée aujourd’hui gaillet odorant (Galium odoratum). Aspérule odorante (Asperula odorata) est son ancien nom scientifique, il vient du latin asper signifiant rude, rugueux (car le bord de ses feuilles est rugueux). On l’appelle aussi reine des bois, muguet des dames ou petit muguet. Elle est courante dans l'Est mais elle se plaît bien aussi dans notre région du Nord du Maine car elle aime la fraîcheur, les bois et l'humidité.
Vous la trouverez à l'état sauvage dans certains champs (comme sur la photo ci-dessus) ou en forêt (comme sur la photo à gauche prise dans un chemin creux du côté de Saint-Evroult). Les fleurs de l'aspérule sauvage sont en général plus petites que celles de l'aspérule cultivée mais prenez garde à bien la reconnaître.
On peut éventuellement la confondre avec une plante de la même famille : le gaillet gratteron (en photo ci-dessous). C'est un autre gaillet très commun ayant une très longue tige carrée, des petites feuilles et de gros fruits ronds de couleur verte. Toutes les parties de la plante s'accrochent partout grâce à des aiguillons retroussés. On l'appelle aussi couramment "l'herbe à oies". Tous les enfants la connaissent pour avoir joué à la coller sur les vêtements de leurs petits copains ! Il n'y a toutefois aucun danger à confondre ces deux gaillets : le gratteron n'est pas toxique, il peut être mangé cru ou en salade ou utilisé en tisane diurétique. Mais il ne donnera pas le parfum du gaillet odorant dans les préparations...
Il est préférable d'utiliser l'aspérule acclimatée dans les jardins où elle pousse très bien surtout à mi-ombre. Vous la trouverez facilement en vente dans les jardineries et souvent sur les bourses aux plantes car elle s'étend facilement et donne envie de la partager.
En séchant elle acquiert une odeur forte et caractéristique, proche de celle du foin coupé, due aux molécules de coumarine qu'elle contient. On l’utilisait autrefois dans notre région, mais aussi partout où elle est répandue, pour parfumer le linge des armoires et faire fuir les mites comme on le faisait avec la lavande dans les régions méditerranéennes.
Pour faire le vin à l'aspérule on la récolte au début de la floraison, en général à partir de début mai, en coupant avec un couteau bien aiguisé les sommités fleuries avec les feuilles, assez loin du sol pour qu’elle repousse bien les années suivantes. Puis on en laisse macérer 50 grammes pendant 15 jours dans un litre de vin (blanc ou rouge, mais de préférence biologique) avec 50 grammes de sucre. Au bout de 15 jours on filtre et on met dans des bouteilles à système (type bouteille à cidre bouché ou à limonade) car la macération rend le mélange gazeux. Le vin d’aspérule est un apéritif agréable et peu alcoolisé. Celui qui veut une boisson plus forcée en alcool peut ajouter un petit peu d’eau de vie de cidre dans le mélange… À consommer de toute façon avec modération...
En Belgique on appelle ce vin d’aspérule le Maitrank ce qui veut dire « boisson de mai », la recette, mise au point par des moines, daterait du 9ème siècle…
Le restant de l'année vous pouvez également le réaliser avec de l'aspérule séchée (voir ci-dessous les conseils de séchage) ce qui vous permet d'en faire toute l'année au fur et à mesure des besoins car le vin d'aspérule est toujours meilleur frais. Mais les puristes s'en tiennent au mois de mai !
Autre recette de vin à l'aspérule :
Pour modifier un peu cette recette traditionnelle certains y ajoutent un peu de grand-marnier ou de zeste d'orange. Voici une de ces recettes : dans un grand bocal mettez à macérer dans deux litres de bon vin blanc deux poignées d'aspérule séchée (ou 100 grammes d'aspérule fraîche), le zeste d'une petite orange (de culture biologique pour éviter les produits de traitement), 50ml de Grand Marnier ou de Triple-sec et 100 grammes de sucre. Au bout de dix jours, filtrez et embouteillez. Conservez au frais.
En Moselle on appelle l’aspérule odorante waldmeister ce qui veut dire le maître de la forêt. On en fait une liqueur digestive en faisant macérer 25 brins en fleurs dans un litre d'alcool avec 150 grammes de sucre. Après 5 semaines on filtre et on embouteille. Chez nous cette recette peut être adaptée en utilisant notre eau de vie de cidre.
Pour faire une tisane d’aspérule odorante utilisez de préférence la plante entière fraîche avant la floraison ou tout juste fleurie. Comptez une cuillérée à soupe par tasse et laissez infuser cinq minutes. Vous pouvez en prendre deux ou trois fois par jour. À défaut d'aspérule fraîche vous pouvez également utiliser la plante séchée.
Petite mise en garde : l'aspérule est une plante médicinale, elle a une action calmante et aide à lutter contre les insomnies d'origine nerveuse, elle a aussi une action favorable sur la circulation sanguine car elle fluidifie légèrement le sang. Mais il ne faut pas augmenter les doses de plante dans les préparations car il peut y avoir dans ce cas danger de somnolence (en particulier pour les conducteurs) ou d'hémorragie (en particulier pour les personnes ayant déjà un traitement anti-coagulant). Respectez donc les quantités et évitez de surdoser ! À très forte dose elle devient même toxique pour le foie (hépatotoxique).
En Allemagne on aromatise une bière légère avec du sirop d'aspérule. Voilà qui donne des idées aux Fins Goustiers du Haut-Maine et Pail ! Pourquoi ne pas aromatiser du cidre ou du poiré de la même façon pour faire un apéritif original ? Et bien cela est très bon et change du plus classique sirop de griottes ou de cassis dans le cidre et du sirop de pamplemousse dans le poiré...
Voilà comment concocter du sirop d'aspérule : dans un litre d'eau bouillante vous faites macérer deux poignées d'aspérule (fleurs et feuilles) pendant deux heures. Vous filtrez, vous ajoutez 800 grammes de sucre et vous faites bouillir pendant cinq minutes. C'est tout. Une fois le sirop tiédi vous le mettez en bouteille. À votre tour d'essayer dans du cidre, du poiré ...ou de la bière !
Vous pouvez également faire sécher l’aspérule odorante pour parfumer les armoires ou pour adoucir des tisanes composées (par exemple en mélange avec du tilleuil, de la mélisse-citronelle ou de l'angélique).
Vous pouvez également ajouter de l'aspérule séchée dans le lait pour parfumer une crème anglaise ou une crème brûlée..
Mais il faut toujours la faire sécher rapidement sur un linge ou un papier absorbant pour éviter qu’elle ne noircisse. Et surtout ne jamais utiliser d'aspérule ayant fermenté ou moisi (!) car la coumarine que contient la plante et qui lui donne sa bonne odeur se transforme alors en dicoumarol (un anticoagulant utilisé comme... raticide !).
Une fois sèche vous pouvez la conserver une année, ensuite il est préférable de renouveler votre provision.
Plants d'aspérule odorante en vente sur le stand de la Confrérie des Fins Goustiers du Haut-Maine et Pail le 5 mai 2013 lors du marché aux plantes et aux produits du terroir organisé par le comité des fêtes de Saint-Céneri-le-Gérei.
Vous rencontrerez peut-être parfois dans vos parterres d'aspérule odorante des Timarques ou leurs larves...
Le Timarque (Timarcha tenebricosa) ou Chrysomèle noire. Ce gros chrysomélidé (la plus grande des Chysomèles) est un coléoptère qui ne peut pas voler (on dit qu'il est aptère) car ses élytres sont soudées.
Il se déplace sur le sol, lentement et de préférence la nuit.
Si on le dérange, il fait le mort et émet par la bouche et ses articulations un liquide rouge- orangé, appelé hémolymphe, qui accentue l'impression qu'il est mort et qui aurait très mauvais goût pour les prédateurs éventuels.
À cause de cette particularité on l'appelle aussi le "Crache-sang".
On le confond souvent avec le Bousier dont il est pourtant assez différents par la forme du corps et celle des antennes
Les Timarques s’accouplent très tôt au printemps et pondent leurs œufs sur les gaillets.
Leurs larves sont grosses (20 mm), vivent et se nourrissent exclusivement de gaillet (Gaillet commun ou Gaillet odorant) d'où leur présence dans les parterres d'aspérule.
Elle ne deviennent adultes que le printemps suivant après s'être transformées en nymphes à l'automne et avoir passé tout l'hiver au ralenti.
Accouplement de Timarques au printemps. Le mâle est plus petit que la femelle.
Leur nombre est en régression à cause de la pollution et de la fauche trop systématique des talus.